(Suite)
Peu après, son père tira la chasse d'eau, et le prit par la main.
- Viens ! Ils sortirent dehors, et patientèrent devant un long tube translucide qui sortait du mur de leur maison.
- Là ! Regarde, ce qui arrive !
Marcellin reconnut immédiatement sa commission, qui filait entraînée par le courant.
- On la suit ?
- Bien sûr !
Marcellin et son père couraient juste en-dessous, emmerveillés comme d'autres cavalent en suivant des avions dans un champ.
Le tuyau sortait ensuite de la ville, et en rejoignait un autre (d'une autre ville), puis un autre, puis un autre.
À chaque fois, son diamètre doublait ; les commissions, qui venaient de toutes part, avaient beau se multipier et se mélanger - Marcellin ne perdait pas la sienne des yeux.
- Elle va jusqu'où comme ça ?
- À ton avis ! répondit son père.
Peu après, essouflés, ils arrivèrent à la fameuse station d'épuration, enfoncée au pied d'une colline.
Il faisait nuit, mais, derrière la colline, une lumière sourde veillait comme un deuxième soleil endormi.
- Viens, on monte !
Arrivés au sommet, le choc :
- Waouh. C'est beau.
Une infinité de tuyaux, tous translucides et rétroéclairés, rejoignaient leur colline. Tous venaient d'un même point. D'une même ville.
- La capitale, petit. Tu peux dire merci à tous ces gens, à leurs commissions : sans eux, on ne serait pas les premiers en Europe, ou les deuxième au monde...
-... derrière Chicago, rajouta Marcellin en prenant la main de son père.
Ils ne le savaient pas encore, mais, à ce moment-là, tous les deux vivaient le plus beau moment de leur vie (cette complicité n'allait hélas pas s'éterniser au fil des ans).
- On y ira, un jour ? Elle doit être trop belle, la station de Chicago.
Son père lui décoiffa affectueusement ses cheveux plein de gel en disant, un brin rêveur :
- Mais oui, on va y aller, mon p'tit, en Amérique.
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